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12/07/2017

"PAYSAGE" PAR BAUDELAIRE


                        "Paysage



Je veux, pour composer chastement mes églogues,
Coucher auprès du ciel, comme les astrologues,
Et, voisin des clochers, écouter en rêvant
Leurs hymnes solennels emportés par le vent.
Les deux mains au menton, du haut de ma mansarde,
Je verrai l'atelier qui chante et qui bavarde ;
Les tuyaux, les clochers, ces mâts de la cité,
Et les grands ciels qui font rêver d'éternité.

Il est doux, à travers les brumes, de voir naître
L'étoile dans l'azur, la lampe à la fenêtre,
Les fleuves de charbon monter au firmament
Et la lune verser son pâle enchantement.
Je verrai les printemps, les étés, les automnes ;
Et quand viendra l'hiver aux neiges monotones,
Je fermerai partout portières et volets
Pour bâtir dans la nuit mes féeriques palais.
Alors je rêverai des horizons bleuâtres,
Des jardins, des jets d'eau pleurant dans les albâtres,
Des baisers, des oiseaux chantant soir et matin,
Et tout ce que l'Idylle a de plus enfantin.
L'Émeute, tempêtant vainement à ma vitre,
Ne fera pas lever mon front de mon pupitre ;
Car je serai plongé dans cette volupté
D'évoquer le Printemps avec ma volonté,
De tirer un soleil de mon cœur, et de faire
De mes pensers brûlants une tiède atmosphère."



(Charles Baudelaire : extrait des Fleurs du mal).  


(Présenté par Améthyste)

 

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Ondine (1872) par John William Waterhouse.

20/04/2017

CHARLES BAUDELAIRE

Charles Baudelaire (1821-1867)



"Le jeune Charles Baudelaire était une espèce de dandy dégoûté par le monde et par la société." (Jean d'Ormesson).


Sa vie semble s'intégrer au romantisme le plus traditionnel, mais sa réflexion invente le symbolisme. Il préfère le symbole à l'objet, sa vision de la nature à la nature réelle ; grand critique d'art, il préfère le tableau au modèle.


Un voyage dans l'Océan Indien éveille en lui le goût de l'exotisme. Il découvre dans la nature les "correspondances" : "Les parfums, les couleurs et les sons se répondent". Correspondances qu'il étudie aussi dans les "mouvements" et les rythmes en littérature : Hoffmann, De Quincey, et surtout Edgar Allan Poe dont il traduit l'œuvre, également en peinture avec Delacroix et en musique avec Wagner.



Les Fleurs du mal, grand recueil de poèmes, valent à Baudelaire, en 1857, une condamnation en correctionnelle. Son désir de dissocier l'art et la beauté de la morale et de la vertu n'est pas compris d'autant qu'il cultive le goût de la provocation.


"Baudelaire passe à la postérité avec un seul volume. Les vers faibles n'y manquent pas. Mais d'autres ont une splendeur incomparable et une sorte de magie flotte sur les femmes damnées, les vampires, les divans, les étoffes et les fleurs, les chevelures dénouées, les navires dans les ports." (Jean d'Ormesson).


Il tente de se suicider, la syphilis le conduit à la paralysie totale. L'immense poète déchiré entre la beauté et le spleen, entre Dieu et Satan, meurt à quarante-six ans.

 

(Bibliographie : Une autre histoire de la littérature française par Jean d'Ormesson de l'Académie française, NiL éditions, 1997).

 

(Écrit par Améthyste)

 

 

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                 "Portrait de Baudelaire" par Gustave Courbet.

13/04/2017

"LE VOYAGE" PAR BAUDELAIRE

  "Le Voyage

 



Pour l'enfant, amoureux de cartes et d'estampes,
L'univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !

 


Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le cœur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers :

 


Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme ;
D'autres, l'horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,
Astrologues noyés dans les yeux d'une femme,
La Circé tyrannique aux dangereux parfums.

 


Pour n'être pas changés en bêtes, ils s'enivrent
D'espace et de lumière et de cieux embrasés ;
La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,
Effacent lentement la marque des baisers.

 


Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir ; cœurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s'écartent,
Et, sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !

 


Ceux-là dont les désirs ont la forme des nues,
Et qui rêvent, ainsi qu'un conscrit le canon,
De vastes voluptés, changeantes, inconnues,
Et dont l'esprit humain n'a jamais su le nom !"

 


(Charles Baudelaire. Extrait des Fleurs du mal).

 

 

 

(Présenté par Améthyste)

    

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                   "Ulysse et les Sirènes" par John William Waterhouse.

 

26/08/2016

"L'ENNEMI" PAR BAUDELAIRE

"L'Ennemi

Ma  jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils ;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

Voilà que j'ai touché l'automne des idées,
Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf  les terres inondées
Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux.

Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?

- Ô douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie,
Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le cœur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !"

(Charles Baudelaire).

 

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              Les Adieux de Pouchkine à la mer (1877) par Repine et Aïvazovski.

 

09:41 Publié dans Poèmes | Tags : l'ennemi, baudelaire, poème | Lien permanent | Commentaires (0)

03/06/2016

"LA VIE ANTERIEURE" DE BAUDELAIRE

 "La Vie antérieure

 


J'ai longtemps habité sous de vastes portiques
Que les soleils marins teignaient de mille feux,
Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,
Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.

Les houles, en roulant les images des cieux,
Mêlaient d'une façon solennelle et mystique
Les tout-puissants accords de leur riche musique
Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux.

C'est là que j'ai vécu dans les voluptés calmes,
Au milieu de l'azur, des vagues, des splendeurs
Et des esclaves nus, tout imprégnés d'odeurs,

Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes,
Et dont l'unique soin était d'approfondir
Le secret douloureux qui me faisait languir."

(Baudelaire).

 

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                                  Énée à Délos (1672) de Claude Lorrain