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09/02/2017

"EN ARLES" PAR PAUL-JEAN TOULET

"En Arles


Dans Arles où sont les Alyscamps,
Quand l'ombre est rouge, sous les roses,
Et clair le temps,

Prends garde à la douceur des choses.
Lorsque tu sens battre sans cause
Ton cœur trop lourd,

Et que se taisent les colombes :
Parle tout bas, si c'est d'amour,
Au bord des tombes."


(Paul-Jean Toulet).

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                                       Les Alyscamps (1888) par Paul Gauguin. 

03/11/2016

"OPHELIE" PAR RIMBAUD

 

                        "Ophélie 

  

Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles

La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,

Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...

On entend dans les bois lointains des hallalis. 

 

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie

Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir ;

Voici plus de mille ans que sa douce folie

Murmure sa romance à la brise du soir.

  

Le vent baise ses seins et déploie en corolle

Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;

Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,

Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.

  

Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle ;

Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,

Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile :

Un chant mystérieux tombe des astres d'or.

  

Ô pâle Ophélia ! belle comme la neige !

Où tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !

C'est que les vents tombants des grands monts de Norwège

T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté ;

 

C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,

À ton esprit rêveur portait d'étranges bruits ;

Que ton cœur écoutait le chant de la Nature

Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits ;

 

C'est que la voix des mers folles, immense râle,

Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux ;

C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,

Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux !

 

Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle ! 

Tu te fondais à lui comme une neige au feu :

Tes grandes visions étranglaient ta parole

Et l'Infini terrible effara ton œil bleu !

 

Et le poète dit qu'aux rayons des étoiles

Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis,

Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,

La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys." 

 

(Arthur Rimbaud).

 

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                            Ophélie par John Everett Millais.

 

17:04 Publié dans Poèmes | Tags : ophélie, poème, rimbaud | Lien permanent | Commentaires (0)

08/09/2016

"LA MORT DES OISEAUX" PAR FRANCOIS COPPEE

    "La mort des oiseaux

 


Le soir, au coin du feu, j'ai pensé bien des fois
À la mort d'un oiseau, quelque part dans les bois.
Pendant les tristes jours de l'hiver monotone,
Les pauvres nids déserts, les nids qu'on abandonne,
Se balancent au vent sur un ciel gris de fer.
Oh ! comme les oiseaux doivent mourir l'hiver !
Pourtant lorsque viendra le temps des violettes,
Nous ne trouverons pas leurs délicats squelettes
Dans le gazon d'avril où nous irons courir.
Est-ce que les oiseaux se cachent pour mourir ?"

(François Coppée).

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                                          La Pie (1868-1869) par Claude Monet.

26/08/2016

"L'ENNEMI" PAR BAUDELAIRE

"L'Ennemi

Ma  jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils ;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

Voilà que j'ai touché l'automne des idées,
Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf  les terres inondées
Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux.

Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?

- Ô douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie,
Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le cœur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !"

(Charles Baudelaire).

 

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              Les Adieux de Pouchkine à la mer (1877) par Repine et Aïvazovski.

 

09:41 Publié dans Poèmes | Tags : l'ennemi, baudelaire, poème | Lien permanent | Commentaires (0)

03/06/2016

"LA VIE ANTERIEURE" DE BAUDELAIRE

 "La Vie antérieure

 


J'ai longtemps habité sous de vastes portiques
Que les soleils marins teignaient de mille feux,
Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,
Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.

Les houles, en roulant les images des cieux,
Mêlaient d'une façon solennelle et mystique
Les tout-puissants accords de leur riche musique
Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux.

C'est là que j'ai vécu dans les voluptés calmes,
Au milieu de l'azur, des vagues, des splendeurs
Et des esclaves nus, tout imprégnés d'odeurs,

Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes,
Et dont l'unique soin était d'approfondir
Le secret douloureux qui me faisait languir."

(Baudelaire).

 

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                                  Énée à Délos (1672) de Claude Lorrain