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29/12/2012

"LE VOYAGE" DE BAUDELAIRE

  "Le Voyage

 



Pour l'enfant, amoureux de cartes et d'estampes,
L'univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !

 


Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le cœur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers :

 


Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme ;
D'autres, l'horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,
Astrologues noyés dans les yeux d'une femme,
La Circé tyrannique aux dangereux parfums.

 


Pour n'être pas changés en bêtes, ils s'enivrent
D'espace et de lumière et de cieux embrasés ;
La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,
Effacent lentement la marque des baisers.

 


Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir ; cœurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s'écartent,
Et, sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !

 


Ceux-là dont les désirs ont la forme des nues,
Et qui rêvent, ainsi qu'un conscrit le canon,
De vastes voluptés, changeantes, inconnues,
Et dont l'esprit humain n'a jamais su le nom !"

 


(Charles Baudelaire. Extrait des Fleurs du mal).

 

 

 

(Présenté par Améthyste)

    

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                   "Ulysse et les Sirènes" de John William Waterhouse.

 

28/12/2012

"MA BOHEME" DE RIMBAUD

 "Ma bohème

 



Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;
Oh ! là ! là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !

 



Mon unique culotte avait un large trou.
Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

 



Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

 



Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !

 



(Arthur Rimbaud).

 

 

(Présenté par Améthyste)

 



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                                   "Le Poète voyageur" de Gustave Moreau. 

27/12/2012

"MELANCOLIQUE MER... " DE JEAN MOREAS

Jean Moréas, poète "décadent" dans ses premiers vers, les Syrtes, devint symboliste : Cantilènes, puis fonda l'"école romane" avec Maurras, La Tailhède, Raynaud et Du Plessys et revint à un art classique : Stances

 

 "Mélancolique mer...

 



Mélancolique mer que je ne connais pas,
Tu vas m'envelopper dans ta brume légère
Sur ton sable mouillé je marquerai mes pas,
Et j'oublierai soudain et la ville et la terre.

 

Ô mer, ô tristes flots, saurez-vous, dans vos bruits
Qui viendront expirer sur les sables sauvages,
Bercer jusqu'à la mort mon cœur et ses ennuis
Qui ne se plaisent plus qu'aux beautés des naufrages ?"

 

(Jean Moréas).

 

(Présenté par Améthyste)

 



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                                      "Naufrage" de William Turner

26/12/2012

"LENDEMAIN" DE CHARLES CROS

 "Lendemain

 


Avec les fleurs, avec les femmes,
Avec l'absinthe, avec le feu,
On peut se divertir un peu,
Jouer son rôle en quelque drame.

 


L'absinthe bue un soir d'hiver
Éclaire en vert l'âme enfumée,
Et les fleurs, sur la bien-aimée
Embaument devant le feu clair.

 


Puis les baisers perdent leurs charmes,
Ayant duré quelques saisons.
Les réciproques trahisons
Font qu'on se quitte un jour, sans larmes.

 

On brûle lettres et bouquets
Et le feu se met à l'alcôve,
Et, si la triste vie est sauve,
Restent l'absinthe et ses hoquets.

 

Les portraits sont mangés des flammes :
Les doigts crispés sont tremblotants...
On meurt d'avoir dormi longtemps
Avec les fleurs, avec les femmes."

 

(Charles Cros).

 

(Présenté par Améthyste)

 

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                                                 "Le Buveur" de Paul Cézanne

20/12/2012

"LE VIERGE, LE VIVACE..." DE STEPHANE MALLARME

"Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui...

 

 

Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui
Va-t-il nous déchirer avec un coup d'aile ivre
Ce lac dur oublié que hante sous le givre
Le transparent glacier des vols qui n'ont pas fui !

 


Un cygne d'autrefois se souvient que c'est lui
Magnifique mais qui sans espoir se délivre
Pour n'avoir pas chanté la région où vivre
Quand du stérile hiver a resplendi l'ennui.

 

Tout son col secouera cette blanche agonie
Par l'espace infligé à l'oiseau qui le nie,
Mais non l'horreur du sol où le plumage est pris.

 

Fantôme qu'à ce lieu son pur éclat assigne,
Il s'immobilise au songe froid de mépris
Que vêt parmi l'exil inutile le Cygne."

 

(Stéphane Mallarmé).

 

 

(Présenté par Améthyste)

 

 

asselyn_cygne.jpg

 


"Le Cygne menacé" ou "le Cygne en colère" (1650) de Jan Asselyn.