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16/06/2016

"L'ILE D'AMOUR" OU "LA FETE A RAMBOUILLET" DE FRAGONARD

Jamais, dans l'œuvre de Jean Honoré Fragonard, la verdure n'a envahi autant d'espace : arbres touffus, bosquets que des chutes d'eau éclaboussent joyeusement, allées coiffées de portiques verdoyants et compacts, où règne une ombre propice au marivaudage de couples minuscules. Personnages, barques, terrasse sont engloutis dans cette verdure dense, dévorante au point de créer un malaise.

 


Voici ce qu'écrit le critique d'art et poète Florian Rodari :
"La nature respire, engloutit, bouillonne comme un corps organique ; végétale ou aquatique, elle se couvre de floraisons subites et nacrées, présence à la fois féminine et impersonnelle, grave et indifférente au passage du temps, complice et vorace. Aussi, dans cet immense parc tout palpitant des forces essentielles de la vie, le temps des hommes apparaît-il résumé à une fragile écume, laquelle, à peine éclose à la surface du monde, est emportée dans le ruissellement universel."

 

(Bibliographie : Fragonard, l'instant désiré par Florian Rodari. Éditions Herscher, Paris, 1994).


 

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               L'Île d'amour ou La Fête à Rambouillet (vers 1775)

                                de Jean Honoré Fragonard.

 

22/02/2013

"LE BARDE" DE JOHN MARTIN

"Le Barde" (1817) de John Martin, peintre et graveur anglais, représente à mes yeux un univers de vertige.

 

Cette œuvre est inspirée d'une ode de Thomas Gray et emprunte son décor au romantisme gothique des écrivains : châteaux hantés, torrents furieux et sommets inaccessibles. L'ode de Gray célèbre les bardes du pays de Galles, qui furent tous exterminés, au XIIIe siècle, par Édouard Ier Plantagenêt.

 



Au premier plan de ce tableau, des chutes d'eau d'une merveilleuse transparence bleutée s'élancent vers le spectateur. À gauche, l'armée anglaise, à cheval, serpente tout au long d'un chemin taillé à flanc de montagne. À droite, debout sur l'un des rocs géants, un barde, le dernier gardien des traditions séculaires du pays de Galles, profère une malédiction, qui se réalisera avec la mort de Charlotte, princesse de Galles et fille unique de George IV. Au loin, des arbres, monstrueusement tordus, et un château cachent le bas du Snowdon, la montagne sacrée des Gallois. Des nuages translucides, teintés du gris des sommets rocheux, s'opposent à la limpidité des chutes d'eau.

 


Vertige face au défilé interminable de cette armée avançant inexorablement, vertige face au barde visionnaire, désormais solitaire, dont les uniques biens sont des poèmes et des chants, mais que la force de la malédiction rend invincible, vertige éprouvé devant ces torrents qui ont peut-être englouti des rivières de sang, vertige face à ce château hanté, à cette montagne au mystère écrasant.

 


"Le Barde", avec la majesté de son décor, participe à la souffrance de l'homme, seul survivant de sa "confrérie", hurlant son désespoir au travers de paroles prophétiques.

 


(Bibliographie : L'Aventure de l'Art au XIXe siècle sous la direction de Jean-Louis Ferrier avec la collaboration de Sophie Monneret, Éditions du Chêne, 1991).

 

(Écrit par Améthyste)


 

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                              "Le Barde" (1817) de John Martin.