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30/03/2013

GAUGUIN ET LES ECRIVAINS

Madame Rachilde Vallette, l'épouse du fondateur du "Mercure de France", revue littéraire créée en 1889 par Alfred Vallette et des écrivains attachés au symbolisme, était une auteure prolifique dont les ouvrages faisaient scandale. Pour l'illustration de son livre Madame la Mort la commande fut passée à Paul Gauguin. Le peintre réussit à se glisser fort habilement dans l'esthétique symboliste, usant de traits allusifs, de sinuosités inquiétantes, d'atmosphères mystérieuses et troublantes.


Paul Gauguin fréquentait le Café Voltaire à Paris, où il rencontra Jean Moréas, Jules Renard, Verlaine, Henri de Régnier, Maurice Barrès et Paul Fort. Aux "mardis" de Mallarmé, il écoutait André Gide, Paul Valéry, Pierre Louÿs... Le peintre se sentait un peu étouffé dans "ce climat bourgeois [...] si éthéré dans le verbe." 


"André Gide, comme Flaubert quelque temps avant, accomplissait un voyage à travers la Bretagne, à ce rythme de lenteur propice à l'observation, à la véritable découverte du site, au pas du pèlerin, et, passant par le Pouldu, échoua dans l'auberge de Marie-Poupée occupée alors par Gauguin et ses amis.

À l'heure du repas il avait demandé à être servi en leur compagnie. "Ils montrèrent du reste que je ne les gênais guère, c'est-à-dire qu'ils ne se gênèrent point. Ils étaient tous trois pieds nus, débraillés superbement, au verbe sonore. Et, durant tout le dîner, je demeurai pantelant, gobant leurs propos, tourmenté du désir de leur parler, de me faire connaître, de les connaître et de dire à ce grand à l'œil clair que ce motif qu'il chantait à tue-tête, et que les autres reprenaient en chœur, n'était pas de Massenet, comme il le croyait, mais de Bizet. Je retrouvais l'un d'eux plus tard chez Mallarmé : c'était Gauguin"."

 

(Bibliographie : Paul Gauguin par Jean-Jacques Lévêque. ACR Édition, 2003).

 

(Écrit par Améthyste)

 

 

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                                "Madame la Mort" de Paul Gauguin.


23/03/2013

"L'ORAGE"OU "LA CHARRETTE EMBOURBEE" DE FRAGONARD

Jean Honoré Fragonard (1732-1806), peintre et graveur français, fut l'élève de Boucher à Paris. Prix de Rome à vingt ans, il s'imprégna de l'art italien. Il étudia Rembrandt, Hals, Rubens et décora des hôtels particuliers.


Ce virtuose, peintre de l'amour, dont les scènes galantes irradient la joie de vivre, savait aussi peindre avec passion le désordre, la confusion, la peur ainsi qu'il le prouve dans "L'Orage" ou "La Charrette embourbée".


Tandis que la fureur des éléments se déchaîne, bergers et bouviers luttent contre l'orage menaçant. Par touches floconneuses, Fragonard mêle les cieux tourmentés, les nuages sombres annonciateurs d'un évènement effrayant, et les faibles moutons affolés. La bâche qui tente de s'envoler pour échapper au cataclysme proche intensifie ce désordre.


Il me semble entendre les encouragements des hommes à leurs bêtes, les bêlements, les aboiements, les meuglements et, dominant toute cette confusion, les sinistres grondements des cieux en colère, amplifiés par de sauvages bourrasques.

 

(Écrit par Améthyste)

 

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  "L'Orage" ou "La Charrette embourbée" (vers 1759) de Jean Honoré Fragonard.

 

16/03/2013

HENRI DE TOULOUSE-LAUTREC

Toulouse-Lautrec (1864-1901)



Infirme dès l'âge de quatorze ans suite à une maladie osseuse et à deux chutes accompagnées de fractures, ce peintre et lithographe français tentera avec une énergie farouche de dominer un tragique destin.



Il cherche ses modèles à Montmartre, dans les cabarets, les maisons closes, au cirque et aux courses. Il est influencé par Degas, par l'impressionnisme et les estampes japonaises mais son œuvre reste unique grâce à la qualité de son dessin incisif, fulgurant. Toulouse-Lautrec, rénovateur de l'art de la lithographie, est aussi reconnu comme l'un des pères de l'affiche moderne. Parfois, il se détend... avec originalité :



"Lautrec venait de dépasser la trentaine. Il poursuivait sa course folle, haletante. Ses seuls moments de détente se plaçaient durant l'été, quand il allait "se radouber" - comme il disait - sur les plages du bassin d'Arcachon. On l'y voyait marcher en se dandinant, suivi d'un cormoran qu'il tenait en laisse et auquel il faisait servir des absinthes dans les cafés. Vacances qui eussent été à peu près sages si Lautrec ne fut allé "se retremper en famille" à Bordeaux dans les maisons hospitalières de la rue de Pessac..." (Henri Perruchot). 

 

Les dernières années de celui qui se dit "un suicidé moral" sont extrêmement douloureuses. Il boit énormément. À trente-cinq ans, terrassé par une crise de delirium tremens, il est interné pendant trois mois dans un asile de Neuilly. En 1901, la paralysie gagne peu à peu tout son corps. Il ne peut plus peindre ni marcher. Il ne se nourrit plus et attend la mort.



"La vie de Toulouse-Lautrec fut aussi courte que celle de Van Gogh. Le peintre du Moulin Rouge mourut, comme le peintre des tournesols, à trente-sept ans , âge qui semble fatidique pour nombre de grands artistes; c'est également à trente-sept ans que disparurent Raphaël et Watteau.


Vie courte, vie fiévreuse que celle de Toulouse-Lautrec; vie magnifique et misérable, illuminée des sombres feux du malheur et de ceux, éclatants, du génie. Du malheur, oui ! car ce fut aussi, et cela on le sait moins, une vie marquée par le désespoir."

(Henri Perruchot).



(Bibliographie : Toulouse-Lautrec par Gérard Bauër, de l'académie Goncourt, Pierre Mac Orlan, de l'académie Goncourt, Jean Adhémar, Paul Colin, Jean-Gabriel Domergue, Mme G. Dortu, Édouard Julien, Henri Perruchot, Maurice Rheims, Claude Roger-Marx - Librairie Hachette et Société d'Études et de Publications Économiques, 1962).

 

(Écrit par Améthyste) 

 

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                "Jane Avril sortant du Moulin Rouge" (1892) par Toulouse-Lautrec.

              

09/03/2013

JAMES ENSOR

Peintre et graveur belge, James Ensor (1860-1949), est un autodidacte. "Nous savons qu'il lit et relit Balzac et Poe, qu'il affectionne Rabelais et Don Quichotte - un personnage fait pour lui plaire."


"Il n'avait rien de classique, de rationaliste non plus, celui qui se disait "peintre des masques de la mer", mais il possédait le goût de l'étrange, une vision personnelle et la volonté de créer un art nouveau. Paul Fierens voit juste lorsqu'il définit l'œuvre qui en est résultée : "Un monde allégé où la matière est transcendée, où la couleur s'est faite esprit, où la poésie jaillit de partout, du quotidien comme de l'insolite." (Jacques Janssens).


Dans l'œuvre d'une diversité exceptionnelle de James Ensor se mêlent cocasserie et anxiété. Masques grimaçants et squelettes foisonnent dans ses toiles. Les paysages, d'une facture subtile, baignent dans une atmosphère angoissante, tourmentée.



Artiste incompris et solitaire, il lui fallut près de quarante ans de labeur pour parvenir enfin à la gloire et son rôle de précurseur ne sera pleinement reconnu que vers 1920.

 

(Bibliographie : James Ensor de Jacques Janssens (Flammarion, 1978).

 

(Écrit par Améthyste)

 

ensor_autoportrait_masques.jpg

   

                         "Autoportrait aux masques" (1899) de James Ensor.

16:46 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (4)

22/02/2013

"CONSTRUCTION DU PONT DU DIABLE" DE K. BLECHEN

Karl Blechen (1798-1840), peintre allemand, fut pendant plusieurs années caissier dans une banque. Puis il décida de s'inscrire à l'Académie de Berlin. Deux peintres, Johann Christian Clausen Dahl et Caspar David Friedrich, l'aidèrent à se découvrir dans cette voie artistique dont il rêvait.


"Sans relâche, Blechen s'efforçait de pénétrer dans l'essence même de la nature. Le tragique de son existence de peintre fut bien cette recherche vers une profondeur toujours plus grande du sentiment, de l'émotion et de la simplicité de la nature, s'acharnant ainsi à peindre à contre-courant du goût de son époque."

 

 Le désintérêt du public pour ses toiles le plongea dans un grave état dépressif qui le conduisit à la folie. L'œuvre de ce maître du paysagisme dans le Romantisme allemand ne sera reconnue que par d'autres générations.

 

(Bibliographie : La Peinture Romantique par Horst Koch. Texte français de Pierre Crèvecœur. Berghaus Verlag, 1985).

 

(Écrit par Améthyste) 

 

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      "Construction du Pont du Diable" (vers 1830) de Karl Blechen.